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Filière française

CONDIMENTS Il en sort 200 bocaux par minute de l’usine de Bourré. Ils sont dans presque tous les réfrigérateurs. Les Français les préfèrent petits, croquants, au vinaigre… De quoi s’agit-il ? Des cornichons, bien sûr !

Si 80 % de ces condiments consommés dans l’Hexagone ont poussé en Inde1, le groupe franco-suisse Reitzel, dont l’une des deux usines françaises se trouve ici, a décidé, en 2016, de relancer la filière du cornichon français. L’entreprise a passé des contrats avec des maraîchers et ils sont désormais douze, dont sept en Loir-et-Cher, à faire pousser ce petit symbole de notre gastronomie. Reitzel commercialise ses cornichons français sous les marques Jardin d’Orante (grandes surfaces) ou Bravo Hugo (enseignes spécialisées bio). Sans aucune obligation, la société s’engage cette année à donner accès à l’information sur l’origine des produits depuis leurs étiquettes.

1 – Le climat indien permet trois récoltes par an contre une seule en France. La production française ne peut pas suivre la demande, très forte, des consommateurs.

 EN SAVOIR PLUS 
www.groupe-reitzel.com

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Combien ?

Évidemment, reste la question du coût pour le consommateur. Reitzel tenait à ce que le cornichon français reste accessible. Aussi, aujourd’hui, un bocal de cornichons indiens coûte entre 2 € et 2,25 €, son équivalent cornichons français est vendu entre 3 € et 3,50€.

Chez vous aussi !

Il y a trois ans, Reitzel a créé un kit « mon cornichon maison », vendu 3 € sur Internet. Il contient tout ce qu’il faut pour faire du cornichon chez soi, graines, bocal, notice de jardinage, notice de recettes, aromates, etc. Les trois euros sont reversés à l’association des Cornichonneurs Français.

L’usine de Montrichard
en chiffres

• 8 000 commandes traitées par an ;
• 200 références de condiments : cornichons, câpres, oignons, piments, mix pickles ;
• Deux équipes du lundi au vendredi, de 6 h à 21 h 30 ;
•12 000 m2 couverts ;
• 200 bocaux/minute • 140-150 000 bocaux/jour ;
•13 700-13 800 bocaux/h pour l’étiqueteuse.

Le cornichon français : de Montrichard à l’Élysée

C’est une belle aventure humaine, la relance d’une filière pérenne et durable, celle d’un symbole de la gastronomie française : le cornichon. Avec une reconnaissance insolite au niveau national à la clé…
La société Reitzel emploie 130 personnes en France, réparties sur trois sites : une petite dizaine à Paris, une quarantaine à Connéré, dans la Sarthe, et soixante-dix à Montrichard, le site principal (production, achats, logistique, administration, ventes…).
On y fait quoi ? On y met cornichons, oignons, câpres, piments dans le vinaigre et en bocal. Le cœur de métier du groupe Reitzel, né en Suisse en 1909, ce sont les condiments (légumes au vinaigre) et donc surtout, le cornichon (fruit en saumure).
Reitzel commercialise ses condiments sous plusieurs marques : Jardins d’Orante (grandes et moyennes surfaces), Bravo Hugo (marque dédiée au réseau bio et indépendant) et Hugo Reitzel (marque de food service, pour les restaurateurs ou les chaînes, les hôpitaux, les écoles… conçue intégralement dans la Sarthe). Enfin, Reitzel est spécialisé dans les fameuses « MDD » (marques de distributeurs) : l’entreprise produit des cornichons pour Auchan, Carrefour, Casino, Intermarché, Leclerc, Super U…
Trente-huit millions de bocaux
Trente-huit millions de bocaux de cornichons sont sortis des usines Reitzel en 2019 (sur les 58 millions produits en France chaque année). Mais où poussent donc tous ces cornichons ? Il faut savoir que le marché du cornichon en France est à 80 % indien. Les fruits poussent en Inde où le climat leur est favorable. Le groupe Reitzel a fait le choix d’y travailler en filière, de façon à maîtriser l’amont comme l’aval, et la traçabilité de ses produits. « C’est un positionnement unique en France », précise Aline Martin, responsable du marketing chez Reitzel. « Les agriculteurs indiens sont intégrés à la société. L’usine en Inde met les fruits en fûts, ces fûts arrivent ensuite par bateau pour être conditionnés à Montrichard. »
Aline Martin explique comment la culture du cornichon français s’est éteinte. « À la fin des années 1990, le marché français ne répondant plus à la demande, il a fallu aller chercher ailleurs. Vingt pour cent de nos cornichons sont issus d’Europe de l’Est, les très gros calibres. Mais huit cornichons sur dix vendus en France sont de petits cornichons au vinaigre. Tous les concurrents étaient en Inde. Le coût de la main d’œuvre était intéressant, et surtout le climat, avec la mousson, permettait trois récoltes par an, en février, juillet et novembre, contre une seule en France. »
En revanche, Reitzel fait le choix de garder ses usines en France. « Nous nous sommes fournis en Inde pour répondre à la demande, mais nous avons gardé nos emplois en France. » C’est ainsi que l’offre française s’est éteinte. Jusqu’au jour où…
Le réveil du cornichon français
En 2016, Reitzel décide de relancer la filière du cornichon français. La PME sent que les consommateurs ont envie d’avoir le choix. Elle se tourne vers la chambre d’agriculture pour trouver des agriculteurs qui souhaitent cultiver des cornichons, dont la culture peut s’immiscer entre celles de l’asperge et de la fraise, ce qui offre le double avantage de diversifier la production (limitation des risques) et de rentabiliser la main d’œuvre.
Éric, en Loir-et-Cher, et Olivier, dans la Sarthe, sont les deux premiers à se lancer. Une relation tripartite, agriculteur/industriel/distributeur est créée afin que tous travaillent main dans la main et y trouvent leur compte.
Trois sécurités
Trois sécurités sont alors mises en place pour rassurer les agriculteurs. D’abord, une assistance technique. Un ingénieur agronome les a aidés à se lancer ‒ le savoir-faire manquait, le cornichon français ayant sauté une génération d’agriculteurs. Ensuite, Reitzel s’est engagé à leur acheter 100 % des calibres. Le consommateur français préfère les petits cornichons, or ce fruit a tendance à tripler de volume dans la journée. Enfin, une assurance récolte a été instaurée. En cas de problème climatique (comme ça a d’ailleurs été le cas la première année avec les inondations), les agriculteurs sont remboursés à hauteur de leurs frais d’installation.
Les deux maraîchers ont finalement produit 120 000 bocaux en 2016, et trois ans plus tard, en 2019, le dispositif compte treize agriculteurs (un dans la Sarthe, sept en Loir-et-Cher, deux dans le Cher, deux en Indre-et-Loire, un en Maine-et-Loire ‒ celui de la Sarthe travaille à la fois en conventionnel et en bio, celui du Maine-et-Loire exclusivement en bio, les autres en conventionnel). La production a été multipliée par sept, 850 000 bocaux de cornichons français ont été produits en 2019. Comme le dit joliment Aline Martin, « l’église est replacée au centre du village ».
En association
Les agriculteurs qui cultivent des cornichons pour Reitzel se sont réunis en association : Les Cornichonneurs français. Ils s’inspirent du modèle du commerce équitable, négocient d’une voix tous ensemble. Les anciens forment les nouveaux…
La reconnaissance n’a guère tardé. Début janvier, le cornichon français mis en bocal à Montrichard a été sélectionné pour représenter le Loir-et-Cher… à l’Élysée dans le cadre d’une exposition du « Fabriqué en France ». Une belle reconnaissance au niveau national.

 INFOS + 
groupe-reizel.com
jardindorante.fr

Texte : Julie Bind
Reportage photos : Cyril Ananiguian

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