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SAVONS ÉTHIQUES

PRINTEMPS 2021

ARTISANAT Ça sent bon dans l’atelier artisanal d’Éric Josserand.

D’avril à septembre, chaque jour, l’artisan savonnier1 y mitonne une quarantaine de savons haut de gamme et éthiques : saponifiés à froid, bio, sans huile de palme, sans graisse ni produit d’origine animale. Éric les élabore sur une base d’huile d’olive, de coco ou de karité, puis les surgraisse avec des huiles précieuses ‒ argan, jojoba, nigelle… ‒ qui donnent à ses savons leur douceur et leurs propriétés (les huiles de colza, chanvre, tournesol ou nigelle sont produites à moins de 50 km de l’atelier). Enfin, il leur ajoute un parfum naturel créé par ses soins avec des huiles essentielles biologiques. Coloré aux plantes, fruits ou argiles, chaque savon raconte une histoire que l’on peut retrouver sur le site internet de leur concepteur. La gamme compte une dizaine de produits, dont un shampooing solide et un savon sans arôme (pour enfant). Éric a d’autres projets : lancer une gamme cosmétique et, en 2023, des parfums.

1 – Éric Josserand est titulaire de la certification professionnelle de savonnier
(Université européenne de Forcalquier).

Texte : Julie Bind – Photos : C. Ananiguian

 EN SAVOIR PLUS 
savonnerie-biolys.com

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Éric Josserand, un savonnier-baroudeur en vallée du Cher…

L’artisan qui mitonne des savons précieux en vallée du Cher a été un jeune homme rêvant d’explorateurs avant de les imiter, un voyageur infatigable, un sportif accompli… Suivons le guide !
Éric Josserand a huit ans quand ses parents quittent Bracieux avec leurs cinq enfants pour aller s’occuper d’un centre de montagne dans un endroit complètement perdu des Hautes-Alpes. « Il n’y avait rien à cinq kilomètres à la ronde. On allait parfois à l’école à ski quand la voiture ne pouvait rejoindre le village de Sainte-Marie. » Nous sommes à la fin des années 1960, le père d’Éric est en train de monter… le centre des Carlines !
Le département finance la construction du complexe qui recevra les enfants scolarisés en Loir-et-Cher « dans ce qui était une minuscule station de ski, sur un terrain isolé en pleine montagne ». La petite station devient très prisée. Tous les écoliers de Loir-et-Cher sont venus à un moment passer deux ou trois semaines à Vars-les-Claux avec leur enseignant(e). « Je suis fier de ce que mon père a fait pour contribuer à ce que toute une jeunesse puisse goûter au ski, à la voile, à la randonnée, au camping et autres activités de plein air, grâce au soutien financier du département », confie Éric.
Sa jeunesse est « studieuse et sportive », entre le lycée d’Embrun puis de Grenoble, le ski club de Vars, le centre nautique d’Embrun et son appétit pour les récits d’explorateurs en tout genre : pionniers de l’escalade, de l’alpinisme, marins à la voile.
En parallèle de son Deug en sciences économiques, le jeune homme passe ses diplômes de moniteur de voile, pisteur-secouriste, artificier et moniteur de ski. Il vit de ses deux passions, le ski et la voile : il enseigne dans les Alpes du Sud, puis en Savoie, en combinant le ski et la montagne dans l’hémisphère sud, au Chili et en Argentine. 
« Overdose » de voyages
Éric Josserand ne tient pas en place et voyage « à en frôler l’overdose » : des déserts du territoire d’Oman au Yémen, de l’Arabie saoudite à la Syrie, en passant par le Sahara et le Hoggar et les étendues désertiques du désert d’Atacama au Chili. Des jungles d’Amazonie aux forêts impénétrables du Petén au Guatemala, du Belize au Honduras, des montagnes du Caucase aux Alpes et à la Cordillère des Andes. Il ne le sait pas encore, mais il s’inspirera de ses expériences sensorielles pour créer ses savons.
Pendant quinze ans, il enchaîne le travail de moniteur de ski entre France et Argentine et s’offre quinze jours de vacances en mai pour retrouver à Bracieux sa grand-mère et sa mère, rentrée des Hautes-Alpes après le décès de son mari.
En 1991, l’aventurier qui gronde en lui réalise, avec le suisse Thomas Perren, la première traversée intégrale de la Cordillère des Andes à ski. Éric tirera de cette incroyable expérience un livre écrit en espagnol, Pachamama, qui raconte leur aventure en autonomie totale. L’année suivante, les compères ouvrent la Haute Route Andine, une autre traversée partant du Chili cette fois. Ils en profitent pour faire la première ascension hivernale du volcan Peteroa en pleine activité. Le jeune homme qui dévorait des livres d’exploits d’aventuriers trace sa propre route…
En 1999, « fatigué des hommes », Éric Josserand se pose en Andalousie et vit avec ses chiens pour seuls compagnons, bergers blancs suisses et loups. Il s’imprègne de culture locale et commence à créer des savons qui connaissent un petit succès (tiens donc !) avec un procédé à chaud (« pas très écolo »). 
Retour en France
En 2009, retour en France, en vallée du Cher, suivi un an plus tard par la reprise du ski qui lui manquait tant. En dix ans, le monde a changé, la clientèle aussi, mais Éric parle de nombreuses langues et s’adapte à la nouvelle clientèle savoyarde : Russes, Saoudiens, Quataris, Dubaïotes, Argentins, Brésiliens, Mexicains… Le reste du temps, il skie pour lui, lit, potasse d’anciens cours, met au point des recettes, relit de vieux grimoires de parfumerie. Il retourne sur les bancs de l’Université européenne des saveurs et senteurs de Forcalquier où il décroche sa certification professionnelle de savonnier.
Quand la crise sanitaire arrive, il accélère son projet. Il fait valider ses recettes de savons par un toxicologue et un pharmacien, déclare sa petite entreprise à l’Agence nationale de sécurité du médicament, construit un laboratoire, notifie ses produits au portail européen CPNP de Bruxelles, conçoit le packaging et commence à fabriquer ses savons précieux en octobre 2020, anticipant la non-ouverture des stations de ski. Cette fois-ci, il part sur une démarche écologique, éthique et bio responsable, avec un procédé à froid1. Il créé un site internet et se lance dans la vente sur les marchés2. Prochaine étape : parfums et gamme cosmétique…
1 – Voir article paru dans Loir&Cher info n° 102.
2 – Pour trouver les savons d’Éric Josserand : savonerie-biolys.com et marchés : le vendredi à Montrichard Val de Cher et le samedi à Saint-Aignan.

Histoire d’un savon

Via ses couleurs et ses ingrédients, chaque savon d’Éric raconte une histoire qu’on peut retrouver sur le site internet savonnerie-biolys.com. Terres nomades, par exemple, est un savon surgras à l’huile d’argan et au lait de coco, ghassoul, huiles essentielles de menthe, cèdre de l’Atlas et eucalyptus. « Se rendre dans le désert et y séjourner, c’est se confronter à soi-même », explique le savonnier. « Ce savon est un hommage à tous les déserts du monde et aux hommes qui les peuplent, à leur lutte quotidienne pour y vivre, les couleurs ocres symbolisant l’univers minéral des dunes, le vert renvoyant au miracle de l’oasis qui permet à la vie de s’ancrer dans le néant. L’argan, le ghassoul et le cèdre de l’Atlas rappellent le Maroc, tandis que les arômes de menthe du parfum qui le compose sont un clin d’œil à l’hospitalité et à l’amitié de mes amis touaregs du Hoggar chez qui le rituel de la cérémonie du thé m’a toujours enchanté. »

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