LE MAGAZINE D'INFORMATION DU DÉPARTEMENT

Loir et Cher info

RENCONTRE AVEC

Chantal Colleu-Dumond, directrice du Domaine de Chaumont-sur-Loire et du Festival international des jardins

 

« Un lieu comme Chaumont apporte du réconfort. »

Loir & Cher info : Quel est votre état d’esprit après cette année de crise sanitaire ?Chantal Colleu-Dumond : C’est un grand bonheur d’avoir enfin pu ouvrir ! Nous avons travaillé, comme chacun, dans un contexte très anxiogène. Tout a été préparé dans des conditions difficiles, inhabituelles. Pouvoir partager avec un public large les œuvres d’art installées cet hiver et ces jardins, c’est une grande joie. Un lieu comme Chaumont apporte du réconfort. Il est l’antidote aux souffrances psychologiques que chacun a pu vivre durant les confinements. Cette année a été longue. Mais quand le visiteur est plongé dans les parcs, les couleurs, les parfums, l’art, il ressent immédiatement un abaissement des tensions. C’est le signe que nous jouons notre rôle.

L. C. I. : Le thème de l’année, « Biomimétisme au jardin », est-il lié
à cette période singulière ?
C. C.-D. : Quand j’ai pensé au thème de l’édition 2021, en juillet 2020, nous n’imaginions pas que nous pourrions revivre un confinement. Je cherche des thématiques qui s’imposent à moi comme une évidence. Chacun sait que l’usure de la nature atteint un stade inquiétant. Si nous parvenons à sensibiliser les visiteurs sur ce thème plutôt scientifique, de manière poétique, nous pouvons contribuer au changement du regard sur la nature. Il ne s’agit pas d’une vision culpabilisante. Nous proposons plutôt de trouver ensemble des solutions pour une meilleure harmonie sur notre planète. Je crois que la pédagogie fonctionne très bien sans insistance et grâce à l’image. 

L. C. I. : Pensez-vous que le Domaine de Chaumont-sur-Loire soit un modèle ?
C. C.-D. : Nous aimerions qu’il le soit. Notre lieu s’autofinance à 75 %. Même s’il a été fragilisé l’année dernière, il reste un modèle en termes de fonctionnement. Je vis avec cette conviction que l’on peut réparer le monde, le paysage quand il est abîmé. Il y a quelques années, les Prés du Goualoup n’étaient qu’une friche ! L’inventivité permanente pourrait être un exemple pour d’autres. Cette alliance de patrimoine, de jardin et d’art permet de toucher un public très large. Nous sommes ainsi un lieu de démocratisation culturelle. Par ailleurs, nous sommes vertueux sur le plan écologique. Depuis douze ans, nous n’utilisons pas de produits phytosanitaires, nous désherbons à la binette, nous n’arrosons que la nuit, nous ne perdons rien, nous récupérons tout. J’y tiens beaucoup. 

L. C. I. : Avez-vous toujours été sensible à la nature ?
C. C.-D. : Oui, depuis ma petite enfance. J’avais une grand-mère horticultrice, merveilleuse, et plus le temps passe, plus je réalise que la petite fille que j’étais a eu beaucoup de chance. Je passais mes vacances dans les serres avec elle et faisais des boutures. Mon rapport privilégié à la nature vient de là. Toute ma vie, j’ai visité des jardins au cours de mes voyages.

L. C. I. : Comment allez-vous célébrer les 30 ans du festival en 2022 ?
C. C.-D. : J’aimerais qu’ils soient rétrospectifs et prospectifs, que l’on célèbre ces trente ans de créativité tout en réfléchissant à ce qui peut être fait dans les trente ans à venir. L’hôtel du domaine et son restaurant ouvriront à cette occasion. Ce sera un lieu de convivialité porté par notre philosophie très particulière et notre conception de l’hospitalité. Ses hôtes pourront y séjourner même durant l’hiver…

Propos recueillis par Anne Sarazin

Les jardins « coup de cœur »
de Chantal Colleu-Dumond dans les Prés du Goualoup

Le Jardin (dé)connecté, de Pierre-Alexandre Risser. J’ai confié cette année une nouvelle « Carte verte » à ce remarquable paysagiste. Il a créé une ambiance infiniment poétique autour d’une pièce d’eau, avec des érables de couleurs très douces. Cet endroit exprime l’esprit même de tout jardin : le repli, le repos, la méditation et le rêve. »

« Le Jardin anglais, avec sa tonnelle qui invite à prendre le thé, évoque un instant suspendu. Selon les saisons, des clématites et des roses courent le long des arches. Créé par le Domaine, il protège des fracas du monde. »

« Le jardin chinois Hualu, Ermitage sur Loire, de l’éminent architecte Che Bing Chiu, où l’on peut se promener autour de la pièce d’eau, dominée par sa colline, face aux glycines. »

Qu’est-ce qu’un Jardin remarquable ?

C’est un label créé en 2004 par le ministère de la Culture et de la Communication, sur proposition du Conseil national des parcs et jardins, institution née au sein du ministère en mai 2003. Il valorise des jardins et parcs présentant un intérêt culturel, esthétique, historique ou botanique. Ce label de qualité est décerné pour une durée
de cinq ans, renouvelable. 

Styles de jardin

On recense plusieurs types de jardin ‒ romantique, de château et de collection ‒ et plusieurs styles d’architecture : à l’anglaise, à la française, à l’italienne, en terrasse, de curé, monastique, japonais, médiéval et contemporain. 

Patrimoine légumier 

Depuis 2014, l’Union pour les ressources génétiques du Centre-Val de Loire et l’Association des parcs et jardins en Région Centre-Val de Loire font revivre des variétés locales de légumes disparues. En 2020, 15 jardins et parcs partenaires — dont celui des Métamorphozes à Valaire (voir en p. 29) — en ont intégré à leur potager. Exemples ? Sucrine du Berry, haricot comtesse de Chambord ou encore laitue brune percheronne. 

Un festival étonnant

Ce 30e Festival international des jardins est à découvrir jusqu’au 7 novembre, comme les expositions du Centre d’arts et de nature (jusqu’au 1er novembre). Le thème « Biomimétisme au jardin » permet aux créateurs de redoubler d’inventivité. On est bluffé par la « Carte verte » donnée à Alexis Tricoire qui réinvente le Vallon des brumes en jungle colorée, et surpris, entre autres, par celle confiée à Jean-Philippe Poirée-Ville. Son Jardin de la fontaine anémone interpelle avec ses tentacules… Le mieux est encore d’aller sur place pour dénicher ses créations préférées… 

Réservation en ligne conseillée sur domaine-chaumont.fr
Entrée : 19 € ; 12 € réduit, 6 € (6-11 ans)


Quelques chiffres

L’Association des parcs et jardins
en région Centre-Val de Loire (APJRC) compte
125 sites adhérents. 

Parmi ceux-ci, 31 sont labellisés « Jardin remarquable » ;
le Loir-et-Cher en recense trois : 

– la roseraie des terrasses de l’Évêché à Blois (voir en p. 15),
– le Domaine régional de Chaumont-sur-Loire (voir ci-contre),
– le jardin du Plessis Sasnières, à Sasnières (voir en p. 14).

• Le département comprend 1 seul arboretum ‒ jardin expérimental planté d’arbres ‒ l’un des plus anciens de France. L’arboretum de La Fosse, c’est son nom, se trouve à Fontaine-les-Coteaux. (Voir en p. 17.)

• Depuis 1992, plus de 830 jardins ont été créés au Domaine de Chaumont-sur-Loire, qui comprend 32 hectares de parc. Chaque année, les visiteurs peuvent apprécier 30 nouveaux jardins créés sur place.

Venir à vélo 

Pourquoi ne pas venir à vélo découvrir certains jardins du département ? Ceux du Domaine de Chaumont-sur-Loire1, du Domaine national de Chambord, du château de Beauregard, du jardin du Plessis Sasnières, de la Maison natale de Ronsard, du château de Troussay et du château de Blois possèdent tous le label « Accueil vélo ».

1 – Ce site bénéficie aussi du label « Loire à vélo ».

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