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Coiffeuse nomade

Blois
9 octobre 2025
Temps de lecture : 5 minutes

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Coiffeuse nomade

Les pieds dans un salon toute la journée, Stéphanie en avait assez. Après quatorze ans d’exercice, elle a eu envie de réinventer son métier : fini le gaspillage de l’eau, la pollution des résidus de produits, les déchets à n’en plus finir, les tarifs genrés… et la sédentarité. Désormais, la coiffeuse coupe sur cheveux secs, ou plutôt les « sculpte », comme elle aime à dire, dans divers lieux – aussi improbables soient-ils – de Blois, comme un marché artisanal à la Creusille, le festival du numérique « Connecte-toi » ou un studio de danse. « J’étais usée, j’avais envie de me renouveler en me concentrant sur ce qui m’anime dans ce métier : la coupe et l’écoute des clients, car se faire couper les cheveux, c’est prendre soin de soi. » En accord avec sa conscience écologique, née de son activité en salon, Stéphanie économise l’eau, n’utilise plus de produits chimiques et récupère les cheveux pour les faire recycler. « Je voulais limiter mon empreinte carbone et faire briller cette profession, trop souvent dévalorisée, en l’exposant lors d’évènements », dit-elle.

Alice Enaudeau

©CD41/C.Chigot

07 89 35 85 99 – lesalonquibouge.fr


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Stéphanie Boireau, coiffeuse atypique

Après avoir travaillé douze ans en salon de coiffure, Stéphanie Boireau a eu besoin de renouveler son métier. Avec Le Salon qui bouge, né en juin 2023, elle affirme haut ses valeurs : nomadisme, écologie, lien social. Ce qui lui a valu d’être lauréate du concours national « 101 femmes entrepreneures » 2025.

« J’ai voulu créer un salon en opposition à tout ce que j’avais vu en plus de dix ans de métier ! » D’emblée, le ton est donné. Venue à la coiffure tardivement, à 25 ans, après avoir été documentaliste audiovisuelle, Stéphanie Boireau a choisi cette voie pour la « dimension artistique du cheveu », parce que « la coiffure, c’est une manière de se différencier ! ». Formée chez Jean-Louis David où elle a été co-manager de salon, avant de cofonder le Cisor’s bar, un salon branché de Nantes, elle a profondément aimé son travail avant que le corps ne craque. « En 2022, j’ai été arrêtée trois semaines pour une tendinite, j’avais tout donné pour le Cisor’s bar, mais j’étais usée, j’avais envie de tout arrêter et de passer à autre chose, de me reconvertir mais sans savoir vers quoi. »

Au-delà de l’épuisement professionnel, Stéphanie pointe tous les travers de la profession : gaspillage de milliers de litres d’eau, déchets de cheveux à n’en plus finir, résidus chimiques évacués dans les éviers… « Ma conscience écologique, elle est née dans les salons de toutes les aberrations que j’ai vues… », résume-t-elle. Sans compter des pratiques qu’elle désapprouve comme les tarifs différenciés entre hommes et femmes pour un temps de coupe identique ou la méconnaissance de certains types de cheveux qui exclut d’emblée un segment de clientèle.

Créer du lien en coiffant

Ce sont ses anciens clients qui vont lui redonner foi dans son métier et sa passion. « Alors que j’avais quitté le Cisor’s bar, des clients m’ont appelée pour que je les coiffe à domicile. J’ai dit “OK”, mais à condition qu’ils se regroupent chez l’un d’eux. » Stéphanie les retrouve alors régulièrement sur une péniche, à Nantes, pour des moments de coiffure collective. « Tout le monde était là en même temps, on buvait un verre, on discutait, il y avait une grande bienveillance et un effet de groupe sur les choix des coupes des uns et des autres. Le lien, c’est ça dont les gens ont besoin ! » L’ADN du Salon qui bouge était là : écologique et social. À peine un an plus tard, le 1er mars 2023, la presque quadra créait son salon itinérant en Loir-et-Cher, où elle était venue retrouver ses racines familiales.

Faire briller le métier

En lieu et place du salon physique, Stéphanie propose des rendez-vous lors de « regroupements capillaires » dans un lieu donné, souvent public, voire même à l’occasion d’évènements de plein air. « J’avais envie de prendre une revanche, de faire briller ce métier magnifique en l’amenant sur la place publique et d’en faire un moment de connexion humaine avec et entre les clients. » Pour s’alléger et tourner le dos à ses anciennes pratiques, Stéphanie se recentre sur la coupe sur cheveux secs : « Sculpter les cheveux, c’est ma zone de génie, donc j’ai éliminé tout le reste. Il n’y a pas non plus de miroir face au client, de manière à faciliter le lâcher-prise, comme un soin. Imaginez-vous vous faire coiffer dehors face à la Loire à la Creusille… »

Une dimension sociale

Et c’est justement cette dimension de soin qu’elle veut étendre à des publics empêchés. « Se faire couper les cheveux, c’est prendre soin de soi ; or il y a toute une partie de la population qui n’a pas les moyens d’entrer dans un salon alors qu’elle a besoin qu’on porte un autre regard sur elle. » C’est comme ça qu’est née l’idée d’une cagnotte solidaire lancée à l’occasion des deux ans du salon pour coiffer les bénéficiaires sans domicile fixe du Carillon, à Blois. Stéphanie collabore également avec la Mission locale car « être bien coiffé, ça contribue à l’estime de soi ».
Écolo, féministe, sociale : autant d’arguments qui ont mené Stéphanie Boireau à Matignon les 16 et 17 juin derniers avec ses 100 colauréates (une par département) du concours national 101 femmes entrepreneures « Je suis super fière de moi quand même parce que j’ai osé créer un projet singulier porteur de sens. Je pense qu’il faut penser le monde de demain et ce n’est pas forcément en lui enlevant des choses », conclut-elle dans ce grand sourire qui semble ne jamais la quitter.

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