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Protéger les enfants

Blois
16 février 2026
Temps de lecture : 4 minutes

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Protéger les enfants
Une partie de l’équipe de l’association Moissons nouvelles.

La loi Taquet de 2022, relative à la protection des enfants, renforce et privilégie le recours à des tiers quand la protection et le placement d’un enfant sont nécessaires. « On recherche dans son environnement affectif des personnes en mesure de répondre de sa protection et de l’accueillir au quotidien. Ces « tiers dignes de confiance » ou « tiers bénévoles », selon la situation, peuvent être des membres de la famille (80 %) ou des proches de l’enfant », explique Nicolas Point, directeur adjoint de l’association Moissons nouvelles, à Blois, chargée du service d’accompagnement à l’éducation plurielle (SAEP).

Ce service a pour vocation d’accompagner l’enfant et les accueillants, bénévoles, pour sécuriser le parcours du mineur placé. « Accueillir un enfant pose beaucoup de questions et nécessite la réorganisation du foyer. L’éducateur référent est là pour répondre aux besoins et veiller à ce que l’accueillant ne se substitue pas aux parents. » C’est aussi le SAEP qui crée une constellation de liens dans l’entourage de l’enfant (médical, pédagogique…) pour lui donner toutes les chances de grandir dans de bonnes conditions. En 2025, l’association est mandatée et financée par le conseil départemental à hauteur de 376 000 €. Le conseil départemental finance l’association pour assurer cet accompagnement (376 000 € pour l’année 2025). Il verse, par ailleurs, une allocation mensuelle de près de 500 €/mois aux tiers dignes de confiance pour subvenir aux besoins des enfants accueillis. Alice Enaudeau


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Aide sociale à l’enfance : soutenir les tiers accueillants

Le placement des enfants chez des tiers accueillants est désormais la priorité des services de l’aide sociale à l’enfance (ASE). En Loir-et-Cher, pour assurer la coordination éducative des enfants et soutenir les tiers, le conseil départemental a missionné Moissons nouvelles, une association qui œuvre pour l’aide à l’enfance depuis quatre-vingt-cinq ans.

Depuis la mise en place de la stratégie nationale prévention et protection de l’enfance en 2020, les services d’aide sociale à l’enfance (ASE) privilégient le placement chez des tiers accueillants au placement traditionnel en maison d’enfance à caractère social (foyer) ou chez des assistants familiaux. Plutôt que de déraciner l’enfant déjà fragilisé par le départ du domicile parental, il s’agit de lui permettre d’intégrer un foyer où il a déjà tissé des liens affectifs. Nommé « tiers digne de confiance » dans le cas d’un placement judiciaire ou « tiers bénévole » dans le cas d’une décision administrative, le tiers accueillant est un membre de la famille dans 80 % des cas. Mais il peut aussi s’agir d’un proche de la famille ou de l’enfant. Ainsi, Mme C. a-t-elle recueilli Rose et sa maman, son amie, quand cette dernière a eu des problèmes de logement. Rose avait à peine 4 ans. « C’était censé être temporaire, mais la maman a eu de plus en plus de problème et Rose risquait d’être placée. Je la connaissais depuis qu’elle avait six mois, je ne pouvais pas l’envisager. Nous en avons parlé avec nos enfants et ils ont été d’accord. »
« L’objectif est d’assurer la sécurisation psychique et émotionnelle de l’enfant en évitant de l’arracher à son univers, explique Nicodème Beaudier, directeur Enfance-Famille au conseil départemental. En Loir-et-Cher, le recours à des tiers doit devenir la règle et non plus l’exception. » Alors qu’ils étaient 70 en 2022, les enfants ainsi hébergés chez des tiers sont aujourd’hui 80 sur un total de 1 254 enfants confiés au Département.

Accompagner les tiers accueillants

Si ce type de placement existait avant 2020, son renforcement a nécessité la mise en place d’un accompagnement pour les tiers qui, par définition, ne sont pas des professionnels formés, contrairement aux assistants familiaux. En Loir-et-Cher, le conseil départemental a donc missionné l’association nationale Moissons nouvelles pour assurer ce suivi. « Accueillir un enfant dans un foyer peut venir perturber l’écosystème familial ; nous sommes là pour assister les familles, répondre aux questions, les orienter, faciliter le lien avec les parents car, en aucun cas, le tiers accueillant ne doit se substituer à l’autorité parentale », explique Nicolas Point, directeur du Service d’accompagnement à l’éducation plurielle (SAEP) de Moissons nouvelles.

Aider l’enfant à grandir dans de bonnes conditions

Outre cette assistance aux familles accueillantes, les éducateurs du SAEP sont des référents pour l’enfant autour duquel ils tissent une constellation de liens avec les équipes scolaires et médico-sociales afin de sécuriser son éducation. « Plus il y a de personnes à faire équipe autour de l’enfant, plus on augmente les chances de le faire grandir dans de bonnes conditions », souligne Nicolas Point. Ce sont aussi les éducateurs du SAEP qui assurent les visites médiatisées entre l’enfant et ses parents lorsque ces derniers ne sont pas autorisés à le rencontrer seuls. Ils assurent également la médiation entre les tiers accueillants et les parents en cas de difficultés. Madame C. a ainsi apprécié de pouvoir s’appuyer sur l’éducatrice du SAEP lorsque des conflits sont apparus avec la maman de Manon : « Le SAEP a servi de médiateur. Ils trouvent des solutions et nous suivent autant que l’enfant, c’est un gros plus », dit-elle.
Pour Madame P. aussi, l’appui de SAEP a été précieux lorsqu’elle a recueilli son arrière petite-fille Mila et sa maman, sa petite-fille. L’enfant avait à peine un an. « Avec mon mari, nous avons écrit au juge pour obtenir la garde de Mila afin de la protéger des errances de sa maman. L’équipe de Moissons nouvelles a été d’un énorme soutien. Dès que j’ai la moindre question, j’appelle notre éducatrice référente. Elle est toujours à l’écoute. Quand, à Noël, Mila a voulu passer le réveillon avec sa maman alors qu’une procédure d’éloignement était en cours, le SAEP nous a aidés pour les démarches », salue-t-elle.

Rencontres entres tiers accueillants

Pour éviter l’isolement des tiers accueillants, le SAEP organise aussi des moments de rencontres informelles entre pairs sous forme de soirées théâtre, de balades à vélo, de soirées ciné-débat… « Nous sommes des facilitateurs car jamais les tiers accueillants ne doivent se sentir isolés », conclut Nicolas Point.
Alice Enaudeau

Photos : CD 41/Cyril Chigot

Les prénoms des enfants ont été changés.

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