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Portraits sur pierre

Saint-Dyé-sur-Loire
16 février 2026
Temps de lecture : 5 minutes

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Portraits sur pierre
Virginie Saintenoy, sculptrice.

69 bis, route Nationale – 06 79 07 65 53
saintenoy-sculpture.com

« Jamais je n’aurais pensé être sculptrice. Plus jeune, j’avais bien vu le film Camille Claudel au cinéma, mais je pensais que c’était un métier disparu ! » Il lui aura fallu une formation d’un an chez le sculpteur sur pierre Marc Chevalier-Lacombe, à Saint-Laurent-des-Bois, pour que Virginie Saintenoy ose se lancer dans ce métier devenu passion. Sur les conseils de son formateur, l’ex-professeure d’arts plastiques s’est défaite de ses outils métriques pour laisser son oeil affûté de dessinatrice guider ses gestes sur la pierre. D’un réalisme bluffant, des personnages en buste, en médaillon ou en pied cohabitent dans son atelier-showroom. Spécialisée dans le portrait, « parce que c’est difficile et que ça ne supporte pas l’approximation », Virginie Saintenoy travaille exclusivement sur commande pour des particuliers et des professionnels. En 2023, elle a ainsi réalisé, en marbre de Carrare, les portraits des évêques blésois – l’abbé Grégoire et monseigneur de Thémines – exposés dans la chapelle des Évêques de la cathédrale de Blois. Alice Enaudeau


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Virginie Santenoy, sculptrice : l’exigence du détail

Dans son atelier de Saint-Dyé-sur-Loire, Virginie Santenoy sculpte des visages, des corps quand elle ne planche pas sur des décors en plâtre pour des magasins de luxe sur toute la planète. Rencontre avec une artisane dont le verbe et le geste ont en commun la retenue et la précision.

Son buste de femme sans âge à larges lunettes rondes saute d’emblée aux yeux. Pour la paire de lunettes, accessoire rarement représenté ? Pour son extrême réalisme ? Pour sa contemporanéité ? Pour toutes ces raisons, probablement. Réalisé à partir d’une photo, à la demande de l’époux de la défunte, ledit portrait sculpté en médaillon ancre dans la vie cette inconnue au regard pétillant jusque dans la pierre.
« J’aime le portrait parce que ça ne supporte pas l’approximation », affirme Virginie Santenoy, dans son atelier de Saint-Dyé-sur-Loire. Je travaille à partir de photos, mais il faut s’en méfier car elles figent les visages ; alors chaque portrait est le fruit de longs échanges avec le client pour trouver la bonne expression, la ressemblance. »

De la taille de pierre à la sculpture

L’ex-professeure d’arts plastiques a découvert la sculpture aux côtés de Marc Chevalier Lacombe dans son atelier de Saint-Laurent-des-Blois (41). Une révélation. Comme si son parcours précédent n’avait que peu compté. Tout juste, concède-t-elle, avoir découvert le modelage en option arts plastiques au lycée. Avoir pratiqué la peinture à la fac d’arts plastiques de Strasbourg. Et s’être enfermée des heures à dessiner dans sa chambre « comme dans une bulle » lorsqu’elle était enfant. « La sculpture m’a permis de rejoindre le goût pour le

dessin qui m’anime depuis toujours. » Mais il aura fallu un Marc Chevalier Lacombe pour laisser émerger ce talent.
Car plus que la sculpture, c’était la taille de pierre qui intéressait Virginie Santenoy lorsqu’elle a quitté l’Éducation nationale au terme de dix ans d’enseignement dans l’Oise, en Lorraine et à Châteauroux. L’enseignante voulait alors être artisane pour travailler de ses mains. « J’étais attirée par ce métier sans rien y connaître. J’avais lu un livre sur un tailleur de pierres tombales et je trouvais qu’il y avait quelque chose d’ancestral dans ce métier. La carrière de pierre m’attirait. » À l’issue d’une formation à l’Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) de Blois, elle est embauchée dans une entreprise de taille de pierre où elle découvre un tout autre métier : monter des échafaudages, enduire des façades… Loin des enluminures qu’elle rêve de tailler dans les blocs de pierre. Un métier où il faut faire sa place parmi les hommes aussi. Licenciée, elle va alors se former chez Marc Chevalier Lacombe qui détecte le potentiel de cette dessinatrice hors pair. « J’ai vécu un an de bonheur chez lui, il m’a tout enseigné : le modelage, le dessin, l’ornementation, la sculpture sur pierre mais aussi toute la culture du patrimoine que je n’avais pas. C’est lui qui m’a orientée vers la statuaire plus que l’ornementation. »

Faire confiance à l’œil

Virginie délaisse alors la géométrie de la taille de pierre pour la sensibilité de la sculpture : « En taille de pierre, on vérifie chaque élément à la règle ou à l’équerre alors qu’en sculpture, il faut faire confiance à son œil », apprécie-t-elle. « J’aurais aimé avoir une formation en morphologie car il n’y a rien de plus réjouissant que de réussir à représenter quelqu’un de vivant en sculpture », poursuit-elle, totalement habitée par son art et sa passion.

Celle qui pensait, plus jeune, après avoir vu le film Camille Claudel, de Bruno Nuytten, que la sculpture « était un métier disparu » ouvre ainsi son atelier à Saint-Dyé-sur-Loire en 2014. Résolument artisane d’art, elle travaille sur commande pour des clients particuliers et professionnels. Elle a ainsi réalisé les médaillons hommage à monseigneur de Thémines et l’abbé Grégoire pour le diocèse de Blois et a été contactée par la mairie de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines, 78) pour réaliser le portrait posthume de Samuel Paty. Qui a finalement été confié à un sculpteur choisi par la famille.

« Faire vivant tout en finissant »

Sous-traitante pour des staffeurs1, elle réalise par ailleurs des décors en plâtre pour des boutiques de luxe, des palaces ou des demeures privées dans le monde entier. Pas de quoi pour autant faire gonfler la tête de cette acharnée de travail et de précision. « En sculpture, il faut être humble et s’appuyer sur des choses qui semblent simples comme la proportion, car dès qu’on touche un élément, on risque de changer l’expression. » Elle qui trouve Rodin trop prétentieux préfère citer « la puissance phénoménale » des réalisations d’Antoine Bourdelle

ou le classicisme d’Aristide Maillol : « Tout en prenant ses racines dans l’Antiquité grecque, il est d’une grande modernité. C’est cet équilibre que je recherche. Ce que je crains le plus, c’est le kitsch, car on peut vite tomber dans ce travers lorsqu’on cherche le détail et la ressemblance. »
Alors, la sculptrice peaufine son œil et son geste pour relever son défi : « Mettre en avant le geste et la trace sans pour autant donner une impression d’inachevé. Je veux faire vivant tout en finissant la sculpture. » Humble et passionnée. Alice Enaudeau

1 – Artistes du bâtiment qui réalisent des éléments de décoration en plâtre (staff) ou en matériau imitant la pierre (stuc) pour habiller un intérieur ou restaurer une construction ancienne.

Virginie Santenoy a publié le livre Le portrait sculpté, Art et technique, Vial, 2022.
Photos : CD 41/Cyril Chigot

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