
Ses oreilles entendent des nuances auxquelles le commun des mortels n’a pas accès. Accordeur et restaurateur de pianos, Michel Terrioux a bâti l’essentiel de sa carrière à Paris. Accordeur de l’Olympia dans les années 1970, il a travaillé, entre autres, pour Gilbert Bécaud, Serge Gainsbourg, Ray Charles, Claude Nougaro, Barbara… « J’ai eu beaucoup de chance », admet en souriant celui qui a appris le métier chez Steinway, la prestigieuse marque de pianos. « À l’époque, c’était la folie. » L’instrument connaissait une renaissance importante et le jeune accordeur ne savait plus où donner des oreilles. Il accordait des pianos dans des studios d’enregistrement le matin, enchaînait avec sa clientèle privée et passait à l’Olympia un jour sur deux réaccorder le piano malmené par les écarts de température. « Il m’arrivait même de travailler sur un piano pendant l’entracte d’un concert classique », dit-il. Si Michel Terrioux se rend encore aujourd’hui en région parisienne pour certains clients, il vit désormais en Sologne, où il restaure des pianos dans son atelier.
Julie Bind
06 09 13 85 45 – m.terrioux@gmail.com
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Tout pour la musique
Mèche blanche polissonne, yeux rieurs, esprit vif et humour acéré, Michel Terrioux, accordeur de pianos à l’Olympia dans les années 1970, évoque sa vie professionnelle au service de la musique et des vedettes de cette époque. Portrait.
Quand Michel avait 7 ans, ses parents, amateurs de musique, lui ont fait prendre des cours de violon. « Le prof était incapable de m’initier, de me faire aimer la musique et l’instrument, c’était une torture », se souvient-il en riant. Il subit tout de même trois ans ce calvaire musical. Après une pause d’une année, il accepte de reprendre des cours, cette fois de piano. « Ça a été formidable ! » s’enthousiasme-t-il. « Je rejouais les morceaux à la maison de mémoire, sans prendre la peine de lire ». Il s’appuie sur ses points forts, l’oreille et la mémoire, pour progresser. L’oreille du jeune élève est déjà tellement performante que c’est lui qui signale à sa professeure quand elle doit faire réaccorder son piano avant qu’elle s’en aperçoive elle-même. Mais n’allez pas lui parler d’oreille absolue, cette faculté qu’ont certains à reconnaître les notes sans référence tonale. « Heureusement pour moi, je n’avais pas l’oreille absolue ! Les personnes qui ont ce don subissent une perte d’aptitude avec les années ». Michel, lui, avec son oreille relative, est toujours capable d’identifier des intervalles et de retrouver une note.
Au service du monde de la musique
C’est elle, sa professeure de piano, qui l’aiguille vers le métier d’accordeur. Quand il apprend que Steinway, le fabriquant des célèbres pianos, cherche un apprenti à Paris, Michel fonce. Son père tient une épicerie et il n’a pas envie de creuser le sillon de ses parents qui y travaillent dix-huit heures par jour.
Après son apprentissage chez Steinway et son service militaire, Michel Terrioux travaille un moment pour le fabricant de pianos avant de se mettre à son compte, de façon à pouvoir aider son père à l’épicerie le matin.
Le piano redémarre de façon importante dans les années 1970. Michel, qui travaille alors pour des studios d’enregistrement, devient l’accordeur personnel de Gilbert Bécaud. C’est lui, le chanteur surnommé « Monsieur 100 000 volts », qui fait entrer son accordeur à l’Olympia.
Michel travaille pour la salle de spectacles une quinzaine d’années tout en devenant l’accordeur privé de vedettes. Ses journées défilent à un rythme effréné, il court entre les studios – où on peut lui demander d’accorder tout au long d’une journée d’enregistrement – sa clientèle privée (« moins exigeante, heureusement ! ») et l’Olympia, où « le piano avait besoin d’être revisité tous les jours ou un jour sur deux et pendant l’entracte des concerts classiques ».
Michel Terrioux est riche d’anecdotes qui regorgent de détails truculents sur une vie au service du monde de la musique, notamment de ses stars, et une certaine époque à Paris. Vous savez ce qu’est un fileur de cordes ? Gilbert Bécaud cassait volontairement des cordes de piano. « Ça faisait partie de son spectacle. Il mettait de grands coups de poings sur les touches ». Jusqu’à casser une corde. « Il y a 18 tonnes de tension à l’intérieur d’un piano. Ça s’entend quand une corde casse. Heureusement, il existait alors un fileur de cordes à Paris. Je lui apportais la corde cassée et il en refaisait une à l’identique ». Déjà, à l’époque, le spectacle devait continuer…
Julie Bind
Vidéo ©CD41/N.Derré/T.You






