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Mohair tout doux

Thoury
11 décembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes

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Mohair tout doux

Et si, pour Noël, vous offriez la tendre douceur du mohair ? Près de Chambord, Frédérique Bonnin travaille depuis douze ans le poil de ses chèvres angoras. Un chalet dans son jardin lui sert de boutique. Elle déborde de laine sous toutes ses formes, tricotée, tissée, naturelle, colorée… Frédérique y vend des écheveaux et des vêtements tricotés par ses soins ou par la coopérative à laquelle elle adhère : pulls, bérets, bonnets, gilets, écharpes, gants, mitaines, châles, plaids… Cette laine, thermorégulatrice, réchauffe quand il fait froid et reste confortable et respirante quand il fait chaud. Pas d’odeur, donc moins de lavages avec des vêtements en mohair. Les chaussettes existent en version classique, cocooning ou randonnée. Sur place, on trouve aussi des charentaises fabriquées avec cette même laine. Des idées cadeaux utiles et hyperlocales ! Julie Bind


Les secrets du mohair

Passionnée de longue date par le tricot, Frédérique Bonnin avait acquis, il y a une quinzaine d’années, un troupeau de chèvres angora afin d’en travailler la laine d’une exceptionnelle douceur, appelée mohair.
Si elle a récemment dû se résoudre à se séparer de ce troupeau d’une soixantaine de chèvres (jeunes, adultes, sujets âgés), Frédérique a soigneusement choisi le couple qui s’en occupe désormais, avec lequel elle a conclu un arrangement : elle continue à récupérer la laine de ses jeunes chèvres pour la travailler de façon artisanale.
Comme les cheveux humains, la laine mohair change de caractéristiques selon l’âge de l’animal. Récoltée sur les chèvres angora lors des deux tontes annuelles, la laine mohair est classée en France en trois catégories selon sa finesse (qui correspond peu ou prou à des tranches d’âge, plus la chèvre est jeune, plus sa laine est fine).
Extrêmement fine et douce, la laine des jeunes chèvres est utilisée pour tout ce qui sera en contact direct avec la peau – chaussettes, écharpes tissées… Quand l’animal grandit (autour de ses quatre ans, variable d’une chèvre à l’autre), sa laine s’épaissit un peu. Elle est alors utilisée pour les plaids et les couvertures. Quand la chèvre vieillit, on confectionne avec sa laine des vestes ou des ponchos, par exemple. « Mais attention ! prévient Frédérique. C’est encore de la très bonne laine, bien meilleure que l’équivalent “mohair” qui vient de l’étranger, par exemple. » Cette distinction entre les différentes épaisseurs de laine est, en effet, propre à la France. Quel que soit l’âge de la chèvre, la laine angora est de toute façon parmi les plus douces et les plus chaudes.

Une ambassadrice passionnée

Frédérique fait partie d’une coopérative qui gère la logistique de la transformation. Une fois les chèvres tondues (en février et en août), la laine est triée, nettoyée à la main (retirer paille, terre ou souillure n’est pas une mince affaire et peut prendre plusieurs heures), puis de nouveau triée selon sa catégorie (jeune, adulte, vieux). Elle est ensuite envoyée en lots à la coopérative qui vérifie à la réception, au micron près, que les catégories sont bien respectées et les pèse. Frédérique reçoit ensuite un bon de commande lui indiquant ce qu’elle peut commander en fonction du taux de rendement de ce qu’elle a envoyé. Elle a ainsi droit à un certain nombre de dizaines de kilos de laine, de ruban fin, de gants, de chaussettes, etc.
Frédérique Bonnin ne donne cependant pas toute sa laine à la coopérative, elle confie une partie des toisons triées et nettoyées en lots homogènes à une petite filature située en Alsace, qui la lui rend six à douze mois plus tard sous forme de fil. L’artisane se retrouve ainsi avec des écheveaux de la laine de ses propres chèvres (contrairement aux pelotes reçues de la coopérative), d’une qualité encore supérieure.
Après avoir récupéré la laine de ses chèvres, Frédérique la teint et tricote. Elle fait désormais toutes ses couleurs elle-même, végétales ou chimiques selon le résultat souhaité, et se réjouit de maîtriser la chaîne de bout en bout. Pulls, gilets, bérets, capes, écharpes tissées ou tricotées, gants, mitaines, chaussettes, vous trouverez tout ceci et plus encore dans la boutique…
Le mohair se suffit à lui même, conclut Frédérique qui vante la douceur, la chaleur de cette laine et sa qualité. « Les chaussettes en mohair sont solides, on ne transpire pas dedans, donc elles ne sentent rien et elles se lavent beaucoup moins souvent que les autres – un lavage une fois par semaine ou tous les dix jours suffit. C’est l’idéal pour quelqu’un qui part en bivouac. Le mohair est recommandé également quand on souffre du syndrome de Raynaud1. »
Le mohair a trouvé une ambassadrice passionnée en Frédérique Bonnin. « J’aime bien mettre les gens au tricot », confie-t-elle. Elle distille volontiers conseils et patrons avec les pelotes qu’elle vend et propose des ateliers ou des stages, notamment sur la teinture. Vous vous y mettez quand ? Julie Bind

1 – Le syndrome de Raynaud est un trouble de la circulation sanguine. La chaleur du mohair peut permettre de maintenir l’afflux sanguin jusqu’au bout des doigts (mains et pieds).

© Photos : CD41/C.CHIGOT

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