
Depuis un peu plus de vingt ans, Olivier Leclair façonne ses savons au lait d’ânesse dans un petit atelier, en toute discrétion. Amoureux des ânes, il a agrandi son cheptel petit à petit, jusqu’à laisser paître un troupeau de 24 bêtes sur les hauts de la commune. Naturellement riche en vitamines A, E et F et en acides gras, le lait d’ânesse se prêtait à la réalisation de cosmétiques. Olivier Leclair a donc opté pour une production de savons de soin sans parfum : à l’argile, aux noyaux d’abricots, à l’huile de pépin de raisin, de jojoba, d’avocat, d’amande douce, d’argan et au beurre de karité. Une gamme parfumée complète l’offre. À base de billes de glycérine sans huile de palme (huile d’olive et de coco), les savons sont composés de 5 % de lait d’ânesse et réalisés à la main, à froid. On les trouve à l’asinerie, dans les boutiques de quelques sites touristiques, les offices de tourisme de la vallée du Cher et sur commande par mail.
Alice Enaudeau
06 89 92 86 04 – asineriedelavallee.com
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Des savons naturels aux multiples bienfaits
Amoureux des ânes, Olivier Leclair produit des savons au lait d’ânesse à l’Asinerie de la vallée d’Angé. Il faut dire que les nombreuses vertus du lait d’ânesse se prêtent particulièrement à la fabrication de cosmétiques.
« J’ai toujours été passionné par les animaux et particulièrement par les ânes. L’âne a une mauvaise réputation, c’est le cheval du pauvre, mais moi, j’aime son caractère, ses grandes oreilles, son pelage… » Sur les hauts d’Angé, Olivier Leclair chouchoute son troupeau d’ânes qui s’ébat sur 24 hectares. Depuis l’arrivée du premier, qu’on lui a offert en 2002, le cheptel s’est élargi à 24 bêtes. Ici, productif ou pas, chacun a sa place et la conserve jusqu’à sa disparition. Pas question d’envoyer Untel ou Unetelle à l’abattoir pour cause d’improductivité, c’est plutôt Olivier qui a sauvé quelques ânesses d’une mort annoncée lorsqu’il a commencé à élargir son troupeau au début de l’activité de l’Asinerie de la Vallée. Et on ne peut pas dire que l’éleveur mette la pression aux femelles : deux à trois naissances par an lui suffisent pour fournir le lait nécessaire à la fabrication de savons. Les petits restent auprès de leur mère pendant leurs deux premiers mois de vie ; Olivier ne démarre la traite qu’à partir du troisième mois. De quoi réaliser environ 10 000 savons par an dans son petit laboratoire-boutique à la ferme.
Le lait d’ânesse, un lait aux multiples vertus
C’est en visitant l’asinerie d’Ambazac dans le Gers qu’Olivier a trouvé sa vocation d’éleveur et savonnier. « L’élevage d’ânes est peu répandu dans la moitié nord de la France. Les fondateurs de l’asinerie nous ont encouragés à nous lancer car il n’y avait personne en région Centre-Val de Loire à l’époque. » Avec sa compagne d’alors, il commence la fabrication de savons au lait d’ânesse. « L’idée de produits cosmétiques est venue rapidement car le lait d’ânesse est riche en vitamine A et en acides gras, très bons pour les peaux sèches ; c’était cohérent de poursuivre dans une idée de savon de soin. »

Avec un taux de lipides bas mais de lactose élevé, le lait d’ânesse est le plus proche du lait maternel humain avec celui de la jument. Mais à raison d’un litre et demi par jour par ânesse, son tarif devient vite prohibitif. D’où son utilisation en cosmétique. Cléopâtre, Poppée (femme de Néron), puis Diane de Poitiers ou Pauline Bonaparte sont ainsi connues pour s’être régulièrement baignées au lait d’ânesse. Dès l’Antiquité, Hippocrate le prescrit pour soigner de multiples maux. Plus tard, c’est Pline l’Ancien qui le recommande contre, entre autres, les empoisonnements, la fièvre, la fatigue, les rides du visage ou certains problèmes gynécologiques. Enfin, au xviiie siècle, Buffon en mentionne les bienfaits dans son Histoire naturelle.
Des savons enrichis pour la peau
Reste que la réception du projet d’Olivier Leclair à la chambre d’agriculture est pour le moins timide : « Quand on s’est présenté en commission, on nous a regardés comme des fous, mais tant pis, on est repartis et on a monté notre projet quand même », se souvient-il, lui qui produit ses savons depuis vingt ans maintenant.
Saponifiés à froid sur une base composée d’huile d’olive et de coco, les savons sont composés à 5 % de lait d’ânesse, sauf le savon nature qui compte 8 % de lait, et sont enrichis en huiles et minéraux aux vertus bénéfiques : argile (peaux sèches), huile de pépins de raisin (peaux matures), huile de jojoba (peaux mixtes), huile d’avocat (peaux sèches), huile d’amande douce (peaux sèches, bébés), huile d’argan (peaux sèches), beurre de karité (peaux délicates, vertus anti-inflammatoires), noyaux d’abricots (exfoliant). S’y ajoute une gamme plus classique : fleur d’oranger, lait, lavande, masculin, santal, safran, savon à raser.
Peu porté sur le marketing et la communication, Olivier compte tout de même quelques points de vente hors de la ferme dans quelques sites touristiques et offices de tourisme de la vallée du Cher, mais il l’avoue, c’est le bouche-à-oreille qui lui a permis de développer son activité. À noter qu’il est possible de commander les savons sur le site Web de l’asinerie.
Et puis, si on veut caresser des ânes bien sympathiques et découvrir la saponification, rendez-vous à la ferme pour des visites guidées pendant les vacances scolaires et sur rendez-vous.
Alice Enaudeau
Photos : ©CD/Cyril Chigot








