
Olivier Vernet a vendu des tracteurs et des maisons avant de trouver sa voie dans la sculpture ornementale. C’est par hasard, en faisant le manoeuvre pour un maçon, qu’est née sa passion pour la taille de pierre, puis la sculpture sur pierre. « Ça a été la sculpture, mais ça aurait pu être autre chose », dit-il simplement. Vraiment ? À voir ses yeux briller lorsqu’il explique comment il a retrouvé trace d’un blason à remodeler, dont la surface était devenue tellement lisse qu’il était illisible, plus que de hasard, on parlerait de vocation. Chapelle royale de Versailles, mairie de Valenciennes, château de Fontainebleau, hôtel Lutetia et Grande Galerie du Louvre à Paris… Elle est bien belle, la liste des édifices où le sculpteur est venu jouer du marteau et du burin pour redonner vie à des sculptures érodées par le temps. Mais Olivier Vernet ne limite pas son oeuvre à l’Histoire. Preuve en est la grenouille géante qui prendra place, au printemps, au plan d’eau de Chouzy-sur-Cisse, où patauge, justement, la gr nouille rousse Rana temporaria, une espèce menacée dans la région.
Alice Enaudeau
06 60 53 16 64 – poussieredepierre.com
Pour en savoir plus…
Olivier Vernet, la passion de la pierre
Depuis une dizaine d’années, Olivier Vernet parcourt la France pour redonner vie aux chapiteaux, bas-reliefs, frises, blasons qui ornent les monuments historiques. Dix ans que cet ancien commercial se passionne tout autant pour ce que racontent les pierres que pour le geste et la matière qu’il façonne.
L’homme a la parole réfléchie. Pas le genre à se mettre en avant avec un discours fleuve. Mais il suffit de l’interroger sur un blason adossé au mur pour qu’Olivier Vernet sorte de sa réserve. En l’occurrence, une sculpture datant du XIVe siècle réalisée pour l’église Saint-Martin de Sartrouville (78), où le temps avait tellement fait son œuvre que la surface, érodée, était illisible. Au terme de recherches scientifiques, un texte écrit par un abbé en 1744 a été retrouvé, qui détaillait ce blason du dauphin Charles V, alors régent du Dauphiné.
Au cœur de l’histoire
Lorsqu’il se lance dans ce récit, Olivier Vernet a les yeux qui brillent. Si l’école n’était pas vraiment son espace de prédilection, l’histoire l’a toujours intéressé, dit-il. Alors, lorsqu’il parcourt les chantiers de restauration de la chapelle royale de Versailles, de la cathédrale d’Orléans ou de la Grande Galerie du Louvre (ancienne Galerie du bord de l’eau) avec son marteau et son burin pour remédier aux outrages du temps, le quadragénaire se régale. « C’est passionnant de travailler sur un bâtiment qui a de l’histoire. Marcher tout en haut de la cathédrale d’Orléans et voir des parties des bâtiments auxquelles personne n’a accès, c’est un luxe incroyable ! » Lorsque les ornementations sont trop usées, le sculpteur prend des empreintes pour reproduire une pièce et la greffer sur la pierre d’origine. « Travailler sur des pièces qui ont traversé les siècles est très émouvant », poursuit-il, en présentant le moulage d’un pied inséré sur un ornement datant de 1619 à la mairie de Valenciennes.
Magie de la pierre
Orienté à 16 ans dans une filière commerciale « sans trop savoir pourquoi », Olivier Vernet avait pris une toute autre direction professionnelle. Mais des expériences dans l’immobilier et le machinisme agricole lui ont permis d’assumer une mauvaise direction. Sans emploi, il se fait embaucher comme manœuvre par le père d’un ami, maçon. C’est là, un peu par hasard, qu’il découvre sa vocation. « J’ai adoré le métier manuel et j’ai toujours été fasciné par les pierres, pour leur côté magique », dit aujourd’hui ce natif de la région de Vézelay (89), arrivé en Loir-et-Cher pour passer son CAP de tailleur de pierre en 2010.
Un métier sensuel
Mais c’est aux côtés de l’artisan sculpteur Marc Chevalier-Lacombe qu’il se prend de passion pour la sculpture sur pierre. Il passe alors sa mention complémentaire. Ce qui lui plaît, c’est le geste, la matière. Or, il constate rapidement que la taille de pierre est devenue trop automatisée à son goût. Les machines, c’est pratique, mais pas au quotidien, explique-t-il. Lui préfère travailler avec des outils manuels traditionnels. « La sculpture, c’est un métier sensuel. On utilise le toucher, mais aussi l’oreille : la résonance de l’outil nous alerte sur la fragilité de la pierre. Mais notre meilleur outil, c’est l’œil. » Alors, pour « aiguiser » son regard et enrichir sa pratique, lui qui avait mis de côté son appétence pour la pratique artistique – musique, dessin, modelage – pendant son cursus initial, suit régulièrement des cours de dessin avec différents professionnels.
Une manière de continuer à se perfectionner pour celui qui rêve d’accéder au graal de la profession : statuaire. Alice Enaudeau
Vidéo ©CD41/N.Derré/T.You/ prises de vue à Frétay ©Marius Thomasset-Schanke







