
Avec une production de 800 à 1 000 fûts par an, la Tonnellerie du Val de Loire fait figure de Petit Poucet dans un domaine où la fabrication peut atteindre 150 000 tonneaux par an pour le plus grand groupe du secteur. Mais Manuel Vriet, responsable de la tonnellerie créée en 1932 par Jacky Blanchard et rachetée par le groupe Vriet en 2006, s’enorgueillit de réaliser des fûts entièrement à la main. Cela concerne le montage jusqu’à la phase finale, pose des rivets comprise, à partir de chênes issus, pour l’essentiel, des forêts de la région Centre-Val de Loire. S’ils s’exportent jusqu’à 40 % vers l’Afrique du Sud, l’Australie et la Californie, les tonneaux de Mont-près-Chambord fidélisent aussi bien les producteurs des vins nature ligériens que les grands domaines viticoles français. Il faut dire qu’en près de vingt ans d’exercice, Manuel Vriet a tissé de solides liens avec les chefs de chai et vignerons pour leur livrer, à chaque commande, le fût qui permettra au cru de développer la palette aromatique désirée.
Alice Enaudeau
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Barriques sur-mesure pour vignerons exigeants
À Mont-Près-Chambord, La Tonnellerie du Val de Loire produit des barriques artisanales entièrement faites main avec du chêne local. Un savoir-faire qui a permis à la petite entreprise de fidéliser les viticulteurs locaux, autant que les chefs de chais bourguignons ou bordelais, et même des Antipodes.

En ce début d’après-midi gris et froid de janvier, Manuel Vriet s’affaire à la tonnellerie. Le lendemain, il accueillera ses clients pour une visite de l’atelier qui sera l’occasion de présenter le processus de fabrication entièrement artisanal, de l’arrivée du merrain1 à la sérigraphie du tonneau finalisé. « Ici, tout est réalisé à la main, pose des rivets compris ! » Intégrée au groupe Vriet lors de son rachat en 2006, la tonnellerie Blanchard, créée en 1932 à Vineuil, est venue diversifier les activités du groupe menuisier Vriet. Plutôt très logique pour cette entreprise qui produisait des merrains depuis plus de quarante ans pour les tonnelleries.
Choisir les chênes, une étape cruciale
Issu, pour l’essentiel, des forêts de la région Centre-Val de Loire, le chêne est soigneusement sélectionné : « La matière première est très importante, car les arômes apparaîtront différemment selon les arbres », explique Manuel Vriet. Les merrains (issus de la méranderie adossée à la menuiserie du groupe) sont d’abord montés en rose, puis chauffés sur des braseros individuels pour attendrir les fibres afin de les arrondir. C’est alors que le tonneau entre dans sa phase de fabrication fondamentale, le bousinage. L’intérieur de la barrique est chauffé, plus ou moins fortement, pour obtenir l’arôme souhaité : de la vanilline à la caféine, en passant par l’amande ou la réglisse. « Plus on monte la température de chauffe, plus on obtient des arômes puissants. C’est une étape très importante qu’on réalise en accord avec le vigneron ou le chef de chai. Ils nous indiquent ce qu’ils veulent faire ressortir de leur cuvée ; à nous de produire la barrique qui permettra de le révéler. »
Un vrai partenariat avec le vigneron
Ébéniste de formation, Manuel Vriet s’est mué en artisan tonnelier en 2006 pour prendre en main la tonnellerie. S’il s’est formé auprès de l’ancien propriétaire Jacky Blanchard, il a développé son nez et son savoir-faire au fil des années avec les vignerons. Plus qu’un fabricant de tonneau, le tonnelier est un réel partenaire du vigneron : « Le dialogue avec les vignerons, c’est notre plus-value, explique Manuel Vriet. Ils nous font confiance pour modeler le contenant qui accueillera leur matière première, on ne peut pas se louper ! » Ce savoir-faire ne s’apprend qu’à leur contact. « Il est impossible de théoriser le ressenti des arômes liés à la chauffe, parce qu’on est tous différents à ce niveau. La seule manière d’apprendre, c’est donc de passer du temps à la vinification avec les vignerons et de déguster les vins pour analyser les goûts, après coup. Parfois, je découvre des arômes différents », poursuit Manuel Vriet qui revient d’une dégustation chez un client du Saumurois. Son jeune apprenti, Mathis, ira ainsi se former aux arômes auprès d’un viticulteur pendant la phase de vinification.
Entre 30 % et 40 % d’export
Avec une production de 800 à 1 000 fûts par an, la Tonnellerie du Val de Loire fait partie des rares petites tonnelleries artisanales indépendantes. C’est aussi la dernière de la région. Pour autant, ses fûts se vendent aussi bien chez les vignerons locaux en quête d’arômes délicats que dans de grands domaines bourguignons et bordelais. Ils s’exportent même entre 30 % et 40 % vers l’Afrique du Sud, l’Australie et la Californie.
Reste que les aléas climatiques rendent l’activité parfois incertaine. L’année 2024 et ses très faibles rendements de raisin a ainsi déclenché une nouvelle production : à partir des barriques, la tonnellerie a développé une gamme de mobilier de bar avec tabourets et mange-debout. Une manière de se diversifier pour garder le cap.
Alice Enaudeau
Photos : ©CD41/N.Derré
1 – Lattes rectangulaires issues du fendage du bois.
Info +
02 54 70 70 33 – tvl41@groupevriet.fr
Route de Blois – 41250 Mont-près-Chambord
tonnellerieduvaldeloire.fr/



