Créées par une loi de 1796, les archives départementales sont un service du conseil départemental. Elles ont pour mission d’assurer le contrôle, la collecte, le classement, la conservation et la communication des archives des services de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics du département. Classés sur plus de 21 kilomètres linéaires, ces documents sont mis à la disposition du public, sous toutes leurs formes : papiers, parchemins, plans, photographies, films, fichiers numériques… Mémoire collective de notre territoire, les archives départementales conservent dans des conditions optimales des documents qui sont autant de précieux témoignages historiques, personnels, administratifs… Les raisons de les consulter sont aussi nombreuses que celles de les conserver. Elles représentent des témoignages du passé qu’on peut aller découvrir par curiosité ou pour sortir d’impasses administratives et faire valoir des droits. On peut y découvrir l’histoire de sa famille, de la maison dans laquelle on vit ; des professionnels viennent y rechercher des bénéficiaires de succession ou les détails du cadastre, la propriété d’un terrain, l’historique d’un droit de passage… C’est un vrai service public ouvert à tous.
Dossier réalisé par Julie Bind – Photos : Nicolas Derré, Cédric Desbarbès et Théo You.

DEUX SITES OUVERTS AU PUBLIC
Depuis 2019, les archives départementales de Loir-et-Cher se déploient sur deux sites :

BLOIS,
où sont conservés les documents antérieurs à 1940, les fonds privés, les archives notariales, les fonds déposés par les communes et les hôpitaux, et l’iconographie.
2, rue Louis-Bodin – 02 54 58 41 24
Accueil du public (sans rendez-vous) : les lundi, mardi et mercredi, de 9 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h.
VINEUIL,
où se trouvent les archives contemporaines (postérieures à 1940) et foncières (cadastre, fonds de l’enregistrement et des hypothèques, à partir de 1790).
77, rue Réaumur – 02 54 33 52 80
Accueil du public : le lundi (sans rendez-vous) et le mardi (sur rendez-vous), de 9 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h.

SITE INTERNET
Registres paroissiaux et d’état civil, cadastre napoléonien, recensements de population, matricules militaires, cartes postales, plans… consultez librement plus de 2,85 millions de pages d’archives numérisées sur culture41.fr.
Fin 2025, ce site fera peau neuve pour devenir archives41.fr.

Trois questions à Tania André,
vice-présidente chargée de la vie associative, de la culture et des sports.
Loir & Cher info : Comment les archives départementales contribuent-elles à préserver et à valoriser notre patrimoine local ?
Tania André : Les archives départementales jouent un rôle clé dans la conservation de notre mémoire collective. Elles rassemblent, organisent et protègent des dizaines de milliers de documents racontant l’histoire du territoire et de ses habitants. Les fonds conservés incluent des registres, cartes, journaux, photographies, correspondances et bien d’autres trésors qui témoignent des évolutions administratives, sociales, économiques et culturelles de notre département.
L. C. I. : Est-ce un lieu ouvert à tous ?
T. A. : Bien sûr ! C’est un service public accessible à toutes et tous, historiens, chercheurs, étudiants, généalogistes ou simples curieux. L’accès aux salles de lecture est gratuit. Les visiteurs peuvent consulter les documents originaux, accompagnés par des professionnels pour les guider. Par ailleurs, des expositions, conférences et évènements permettent de découvrir les fonds d’archives de manière ludique et pédagogique. Cette gratuité et cette accessibilité incarnent la mission du service des archives départementales : partager la mémoire collective avec le plus grand nombre.
L. C. I. : Qu’en est-il du numérique ?
T. A. : Les archives départementales s’adaptent à de nouveaux défis avec la dématérialisation croissante des documents administratifs et la montée en puissance du numérique. Elles s’engagent dans l’archivage électronique pour conserver les documents numériques produits par les administrations, les collectivités et parfois même les citoyens. De nombreuses ressources sont mises à disposition via Internet. Grâce à la numérisation, des millions de pages sont accessibles en ligne (registres d’état civil, recensements, matricules militaires, plans et cartes postales anciennes…). Cette transition vers le numérique est un enjeu crucial pour répondre aux besoins de notre époque, afin de toujours maintenir le rôle essentiel des archives départementales : être le gardien de la mémoire locale.
CONTRÔLE ET COLLECTE DES ARCHIVES PUBLIQUES

La direction des archives départementales a, parmi ses missions, celle de contrôler et de collecter les archives publiques en Loir-et-Cher. Certains de ses agents se déplacent ainsi dans les administrations et les collectivités afin d’assurer un « contrôlescientifique et technique ». Il s’agit en particulier d’aider les communes, communautés de communes, syndicats et autres établissements publics dans la gestion de leurs propres archives, en évaluant sur place les conditions de conservation des archives papier et des données numériques. Des conseils pratiques peuvent être fournis pour l’aménagement d’un local, pour le classement et la conservation des archives papier ou électroniques. Les communes n’ayant pas toujours la possibilité de conserver leurs archives dans des conditions idéales, les plus petites d’entre elles peuvent déposer aux archives départementales les documentsde plus de cinquante ans qui sont à conserver définitivement. Les communes de plus de 2 000 habitants bénéficient également de cette possibilité, sur délibération de leur conseil municipal. Toutes restent propriétaires de leurs documents qui, une fois déposés aux archives départementales, sont classés, inventoriés et conservés dans des boîtes adaptées à leur préservation.
ÉLIMINATION DES ARCHIVES
Les archives publiques n’ayant plus d’intérêt administratif ou juridique et dépourvues d’intérêt historique font l’objet d’une procédure réglementaire d’élimination. Les documents ont, en effet, différentes durées légales de conservation selon leur type et leur valeur de preuve. Les factures, par exemple, doivent être conservées dix ans avant de pouvoir être détruites.
Les administrations publiques désireuses d’éliminer des archives doivent remplir un bordereau de demande de visa d’élimination et le soumettre aux archives départementales. Les éliminations d’archives publiques en Loir-et-Cher représentent 3 à 4 kilomètres linéaires par an.
archives.departementales@departement41.fr
ARCHIVISTE 2.0, UN NOUVEAU MÉTIER

Signe de l’évolution des modes de communication, les archives départementales collectent également des archives électroniques, issues du travail de bureautique, des messageries électroniques, des bases de données… Avec le développement de l’e-administration, ces données électroniques massivement produites, porteuses de valeur juridique, historique ou patrimoniale, doivent être préservées au même titre que le papier. Cette nouvelle composante du métier comprend plusieurs défis. Conserver des archives électroniques, c’est se heurter à l’obsolescence technologique des formats et des supports, qui peuvent s’abîmer au fil du temps et rendre les fichiers illisibles. Autre défi : pouvoir s’assurer de l’intégrité des fichiers. Il s’agit pour les archives de préserver les documents de toute transformation ou altération, afin de garantir leur valeur de preuve. Devenu expert de l’information, l’archiviste intervient donc au plus tôt : ses interventions n’ont plus lieu en bout de chaîne pour récupérer des boîtes de papier, mais dès la création des documents ou des données. Un travail en amont est proposé aux services concernés (département, préfecture, communes) afin de les accompagner dans la procédure de dématérialisation, par la mise en place de plans de classement, de procédures de nommage des fichiers, de consignes de tri pour aller vers la sobriété numérique, un enjeu de développement durable cher au conseil départemental. Depuis 2020, la collectivité s’est dotée d’un SAE (système d’archivage électronique), sorte de grand magasin virtuel d’archives électroniques. Il permet de les collecter, de les classer, de les conserver et de les consulter.
Prendre soin du patrimoine
Les archives départementales ont pour mission de préserver des documents parfois très anciens et fragiles, comme des photographies sur plaque de verre. Pour éviter qu’ils ne se détériorent, ils sont conservés dans des magasins spécialement aménagés, où la température et l’humidité sont contrôlées. Des précautions sont prises au quotidien : les documents sont manipulés avec soin, rangés dans des boîtes adaptées et protégés de la lumière. Lorsque certains sont abîmés, ils peuvent être confiés à des entreprises spécialisées dans la restauration du patrimoine. Grâce à ces efforts, ils restent accessibles au public et transmissibles aux générations futures.
À SAVOIR
Une visite des coulisses des archives départementales vous tente ?
Surveillez le programme des prochaines Journées européennes du patrimoine (en septembre) : des visites guidées sont organisées chaque année.

ARCHIVES PRIVÉES : QUAND L’INTIME ÉCLAIRE L’HISTOIRE

Au moins une fois par semaine, les archives départementales sont sollicitées par des particuliers détenteurs d’archives retrouvées, par exemple, au fond d’un grenier. Car si elles conservent en leurs magasins des kilomètres de documents administratifs, registres de naissances ou plans cadastraux, elles abritent également des collections privées qui enrichissent ce patrimoine collectif. Les archives privées proviennent de particuliers, de familles, d’associations ou d’entreprises et prennent des formes variées : correspondances personnelles, journaux intimes, carnets de guerre, photographies, cartes postales, documents professionnels (entreprises, commerçants, artisans) ou papiers de famille transmis de génération en génération. Ces collections racontent des parcours singuliers et viennent compléter les documents officiels en leur apportant un éclairage intime. Ces fragments d’histoires individuelles participent à la grande histoire collective de notre territoire.
Les collections privées entrent aux archives départementales par le biais de dons (des particuliers offrent leurs documents pour les préserver et les partager), de dépôts (les particuliers restent propriétaires de leurs documents tout en permettant leur conservation et leur diffusion) ou d’achats (dans le cas de collections remarquables mises aux enchères).
Les archives départementales opèrent une sélection parmi les documents privés afin de s’assurer de leur lien avec le département et de leur intérêt historique. Une fois la collection intégrée, les archivistes réalisent leur travail de classement, de conservation et de mise à disposition des documents. Faire don de ses archives privées est un geste généreux. En confiant vos documents aux archives départementales, vous vous assurez de leur conservation dans des conditions optimales et de leur transmission aux générations futures. Si vous possédez des documents anciens ou rares liés à l’histoire du Loir-et-Cher, n’hésitez pas à contacter les archives départementales.
Les archivistes sauront vous conseiller et répondre à vos questions.
archives.departementales@departement41.fr
02 54 58 41 24
ARCHIVES NOTARIALES, DES DOCUMENTS TRÈS CONCRETS
Les archives notariales font partie des documents très intéressants pour le grand public. Elles regorgent de sources historiques insoupçonnées et sont d’une grande aide pour les chercheurs, les étudiants, les historiens, les sociologues… Depuis l’Ancien Régime, les notaires ont l’obligation de conserver un exemplaire, appelé « la minute », des actes signés dans leur étude. Ces minutes concernent de nombreux aspects de la vie familiale – contrats de mariage, testaments, successions, actes de vente de propriétés, achats de baux… Après soixante-quinze ans, ces minutes doivent être déposées aux archives départementales par les études notariales.
Très instructives, elles sont mises à la disposition du public, aussi bien en salle de lecture que sous forme de copies pour servir notamment de preuve de propriété. Très utiles aux personnes qui cherchent à établir leur généalogie, les archives notariales viennent compléter les archives d’état civil avec des informations liées à l’histoire des familles. Les inventaires après décès, par exemple, sont une mine de renseignements : ils constituent presque des photographies de l’aménagement intérieur des maisons à la mort de leur propriétaire. Tout y est listé et estimé par le notaire, pièce par pièce, donnant une idée précise de l’organisation de la maison, de la répartition, du type de mobilier, de sa valeur et du niveau de richesse de la personne.


TOUT SUR LES « POILUS »
Parmi les archives dites modernes (couvrant la période 1800-1940), les feuillets matricules présentent également un intérêt pour le grand public.
Quelqu’un veut en savoir plus sur les « poilus » de sa famille ?
L’armée a tenu un feuillet matricule relatant le parcours de chaque soldat dès 1867. Conservés aux archives départementales et numérisés, ces feuillets fournissent aux descendants des soldats de la Première Guerre mondiale des informations précieuses sur leur vie militaire. Ont-ils été décorés ? Blessés pendant la guerre ? Comment sont-ils morts ? Lors de quelle bataille ? Pourquoi, comment ? Toutes ces questions trouvent leurs réponses dans les feuillets matricules militaires, accessibles en ligne sur culture41.fr ou en salle de lecture à Blois.
JEU DE PISTE

Dans les locaux du site de Vineuil, des archives foncières de la Révolution à la fin des années 1980 attendent sagement de révéler leurs secrets.
Tout ce qui concerne l’origine et l’histoire de votre maison, terrain ou propriété (y compris leurs éventuelles servitudes) s’y trouve, et si la recherche de ces informations ressemble à un jeu de piste, les résultats peuvent être aussi fascinants que ceux de la généalogie familiale. Ces archives sont consultables les lundis sans rendez-vous et les mardis sur rendez-vous, avec accompagnement personnalisé. Ce dernier peut être nécessaire, car il faut savoir naviguer dans les différents documents du cadastre (plans et matrices qui donnent les propriétaires successifs), de l’enregistrement et des hypothèques. Les recherches peuvent se faire à partir du nom d’un propriétaire ou du numéro d’une parcelle que vous pouvez d’ores et déjà retrouver sur le cadastre napoléonien en ligne sur culture41.fr.
TÉMOIGNAGE
Christophe Carrère est propriétaire d’une maison à Blois. Grâce aux archives départementales, il a fait des découvertes inattendues sur l’histoire du lieu.
« ON AVAIT ENVIE DE SAVOIR »
« Nous habitons une maison assez ancienne, et nos voisins avaient tous des versions différentes concernant son année de construction et ses changements d’apparence. On avait envie de savoir. Nous avons eu connaissance des archives départementales, où nous avons été accompagnés dans nos recherches en fin d’année dernière. Nos découvertes ne correspondent à rien de ce qu’on nous avait raconté ! Nous avons appris que la maison a été partiellement détruite dans un bombardement pendant la Seconde Guerre mondiale (alors que nous pensions que seul le centre-ville avait été touché), puis reconstruite et réaménagée à l’intérieur de façon complètement différente. Grâce à ça, nous avons eu des éléments sur le propriétaire de l’époque. Via le cadastre, on a pu remonter jusqu’à la construction de la maison, en 1880. On a vu toute son évolution : au début, c’était l’atelier d’un parfumeur, puis une habitation a été aménagée au-dessus ; enfin, l’ensemble a été transformé en un seul lieu. Avoir la vraie année de construction et découvrir l’évolution de la maison, c’était vraiment intéressant, mais il faut savoir où chercher. Nous avons été bien accompagnés. Seuls, nous n’aurions pas réussi. »

METTRE LES ARCHIVES EN LUMIÈRE
Dernière étape du travail d’archiviste, la valorisation consiste à faire connaître au plus grand nombre l’existence des archives, souvent méconnues. Leur rôle citoyen est pourtant fondamental. D’un point de vue historique, elles favorisent l’enrichissement de la connaissance du territoire et mettent l’actualité en perspective. La prochaine grande exposition organisée par les archives départementales à Vineuil, l’hiver prochain, sera consacrée au soin et à la santé, sujets essentiels aujourd’hui dans les orientations du département. Cette mise en valeur des archives se construit autour de deux axes principaux : les expositions ouvertes à tous et le service éducatif, qui s’adresse aux élèves de l’école primaire à l’enseignement supérieur.

Expositions
Les expositions sont organisées dans une salle spécifique du site de Vineuil, au rythme d’une à deux par an depuis 2019. Ce sont soit des créations originales conçues de A à Z (du choix du sujet à la rédaction des textes, en passant par la conception avec un scénographe), soit le produit d’une collaboration avec d’autres institutions, enrichi de documents locaux (comme l’exposition présentée en 2023 sur les mémoires de la guerre d’Algérie, étoffée par des documents locaux issus des archives départementales, mais aussi prêtés par des particuliers et des associations).
Visites scolaires
Le service éducatif des archives s’adresse à un large public scolaire. Les élèves sont invités à visiter les locaux des archives départementales pour découvrir leur rôle et les métiers qui y sont exercés. Puis la visite est suivie d’un atelier, éventuellement en lien avec l’exposition en cours. Conçus en rapport avec les programmes scolaires, ces ateliers thématiques permettent aux élèves de travailler à partir de documents originaux avec, en plus, un ancrage local qui inscrit l’histoire dans un contexte géographique familier. Des élèves étudient actuellement la reconstitution du procès des époux Thomas, dont la condamnation à mort pour parricide en 1887 a conduit à la dernière exécution publique d’une femme en France. De nouveaux ateliers peuvent être créés en fonction des projets des enseignants ; les archivistes s’adaptent à toutes les demandes : n’hésitez pas à les solliciter !
archives.departementales@departement41.fr
NB : Les expositions sont ouvertes à tous et gratuites, comme l’ensemble des activités des archives.




