Loumanore, reconversion à la ferme
En 2018, Pierre-Yves et Julie Campion ont craqué pour une ferme d’élevage de chèvres à Billy. Une reconversion professionnelle pour ce couple des Côtes d’Armor qui cherchait à s’investir dans un projet agri-touristique.

« On a divisé notre niveau de vie par quatre, mais on a multiplié notre qualité de vie par dix ! » D’emblée, Pierre-Yves Campion lâche ce cri du cœur. Si le solide quadra a l’air d’avoir passé toute sa vie à élever des chèvres et à manier des tracteurs, c’est bien une reconversion professionnelle qui l’a mené en Loir-et-Cher avec Julie, sa femme, et leurs trois filles, Lou-Anne, Mathilde et Éléonore. Pierre-Yves avait un poste à responsabilité dans une entreprise de transport, Julie était enseignante. Au travail du matin au soir, week-end compris, Pierre-Yves était rarement à la maison. Julie assurait le quotidien. « On était dans le modèle de consommation pure. Je gagnais de l’argent, on investissait. Lorsque ma fille aînée de 7 ans m’a demandé pourquoi je ne l’emmenais jamais à l’école, je lui ai demandé ce qu’elle voulait en compensation, c’était tout ce que j’étais capable de lui offrir. Elle m’a répondu : “Rien” ». La réponse est inattendue et provoque une profonde remise en question. « Je n’ai pas vu mes enfants grandir », regrette Pierre-Yves qui décide, avec Julie, de changer de vie, mais en famille.
Élevage de chèvres et gîte
Le couple s’oriente vers un projet agri-touristique avec élevage, transformation à la ferme et vente directe. « Les chèvres me semblaient à taille humaine, explique Julie, et pour des questions de climat, je voulais passer au sud de la Loire ! » L’objectif est ambitieux mais le couple trouve son bonheur en 2018 à Billy. « On est tombés amoureux de cette ferme », se souvient Julie. Située en plein cœur du village, la ferme de 108 têtes coche toutes les cases. Un grand bâtiment encore quasiment inutilisé est, quant à lui, tout trouvé pour devenir un gîte de trois chambres pour huit personnes. La cour est entièrement refaite pour être plus accueillante et une piscine est creusée pour valoriser le gîte.

Souci de l’environnement et bien-être animal

Sur le terrain, la ferme est gérée en quasi-autonomie. Pierre-Yves s’occupe des 38 hectares de fourrage – qui mêle luzerne, fétuque, orge, lin et colza – pour apporter une alimentation variée et naturelle aux chèvres. Il assure n’utiliser que des engrais biologiques et limiter les traitements au strict nécessaire, mais il n’est pour autant pas question de demander le label AB. « Être labellisé agriculture biologique nous aurait obligés à passer deux ans en conversion, ce qu’on ne pouvait pas se permettre au démarrage », argue Julie. « Et il faudrait vendre nos fromages un euro plus cher », ajoute Pierre-Yves.
À la chèvrerie, les 120 biquettes au poil luisant vivent librement à partir de mai entre leur hangar et les 2,5 hectares de pâturages à leur disposition. Julie l’assure : « Le bien-être de nos chèvres prime ! » La saisonnalité est ainsi respectée : pour les laisser mettre bas et allaiter tranquillement, la traite et la production sont interrompues de janvier à fin février. De mars à décembre, le lait est intégralement transformé en fromages, dont la gamme s’est élargie avec de nombreux chèvres aromatisés, mais également en produits cosmétiques (shampoings, crèmes, savons…).

« Un havre de paix »

Culture, élevage, transformation, vente à la ferme, quatre marchés hebdomadaires… Autrement dit, une présence sur le terrain sept jours sur sept et des visiteurs chaque jour sur site puisque la traite de 16 h est ouverte au public…
La reconversion professionnelle n’a-t-elle pas un goût amer au regard des heures passées à travailler pour un revenu bien moindre ? Pas le moins du monde s’accorde le couple. « Oui, on travaille beaucoup, mais on est toujours en famille. Avant, je n’étais jamais à la maison ; maintenant, nous sommes là lorsque les filles rentrent de l’école, le week-end et pendant les vacances scolaires. Et puis, cette ferme, c’est aussi la leur : elles font la traite, soignent les chèvres et nous aident à la fromagerie », note Pierre-Yves. « On a notre potager, le cochon qui est nourri avec le petit lait de la fromagerie », renchérit Julie. « C’est un peu notre havre de paix, ici », conclut tranquillement Pierre-Yves. Alice Enaudeau
Ferme Loumanore
Ouverte du lundi au dimanche :
- Lundi, dimanche : 9 h – 12 h
- Mardi, mercredi, jeudi, vendredi : 9 h – 12 h / 16 h – 19 h
- Jeudi : 16 h – 19 h
Photos : CD 41/Cyril Chigot



